LE GRAIN, LA TRACE ET LE SIGNE
Ma pratique plasticienne s'inscrit au cœur d'un dialogue intime avec la terre et les minéraux.
À travers l'argile — du grès brut à la délicatesse métamorphique de la porcelaine — et la pierre sombre de l'ardoise, je recherche une poétique des formes qui prend racine dans la matérialité pure et l'écoute des éléments.
Mon travail s'articule autour de deux ancrages philosophiques : la poétique de la matière de Gaston Bachelard et la sémiologie du geste de Roland Barthes.La matière engagée et l'épreuve du feu
Conformément à la pensée de Bachelard (La Terre et les Rêveries de la volonté), je ne perçois pas la matière comme une substance passive à façonner, mais comme une force vive qui oppose sa propre résistance et impose sa volonté.
Pétri, modelé, le grès exige un corps-à-corps physique.
L'usage de la technique japonaise du Raku pousse cet affrontement jusqu'à l'extrême :
par l'épreuve du choc thermique brutal, je confie la pièce au feu et à l'air.
Le feu bachelardien devient ici l'agent de la métamorphose ultime, intégrant l'accident, l'enfumage et l'imprévisible dans la genèse de l'œuvre.
Le grain, la trace et le signe
Là où la céramique incarne la métamorphose par la chaleur, l'ardoise gravée convoque le temps long, la mémoire et l'inscription. Graver l'ardoise, c'est inciser le roc, chercher la faille et la ligne.
Cette quête du trait rejoint les analyses de Roland Barthes sur la texture et le geste.
Dans la lignée de L'Empire des signes et de ses écrits sur l'empreinte, le Raku comme la gravure célèbrent le « grain » de la matière — cette rugosité sensible où la surface devient un langage.
La fêlure de l'émail et l'entaille dans la pierre métamorphique ne sont pas des imperfections, mais des signes : l'empreinte d'un instant suspendu entre la main et la mémoire de la terre.
À la croisée de la sculpture et de la philosophie des éléments, mes tableaux-céramique cherchent à donner à voir cette tension fondamentale : la fragilité de l'instant révélée par la force immuable de la matière.





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